Un jour d'été, un vol prévu avec un instructeur que je redoutais un peu, mais en qui j'avais beaucoup d'admiration, me fit passer de l'autre côté.
Cet instructeur des Ailes Châtelleraudaises, Christian G., ancien pilote de l' armée, passionné d' aviation et instructeur, donc
passionné ayant la soif de faire bénéficier de son savoir aux autres m' avait permis de faire mon tout premier vol quelques mois auparavant. Un beau vol a bord d'un avion, le FGADS, Foxtrot golf
alpha delta sierra, une belle monture, un RF6 B100.
Arrêtons-nous un instant sur cet avion.
Son constructeur est René Fournier, René Fournier construits de nombreux avions dont plusieurs motos planeurs (planeur avec un moteur devant) très réussis.
René Fournier est issu de notre chère France.
En 1976, il fabriqua une monomoteur aile basse, train tricycle, avec un moteur de 100chevaux, pas bien fort me diriez vous, mais cela
est amplement suffisant pour tracter le foudre de guerre…
Ce monomoteur fut repris par Slingsby aviation, une société anglaise. Slingsby fabriqua plusieurs avions, en métal, et non en bois et
toile comme René Fournier le faisait. Il mit un moteur bien plus puissant… 260 chevaux. L'avion de Slingsby renommé Firefly fut vendu auprès de
nombreux clubs anglais ainsi que plusieurs forces armées (US air Force, Royal Jordanian Air Force notamment).
Mais revenons au FGADS. Le Delta Sierra fut le numéro 26 sur la gamme produite par R. Fournier.
J'effectuais mon premier vol en double commandes à son bord à l'âge de 16 ans. Dès lors, j'enchaînais les vols, la soif d'être là haut, l'exaltation, la chance de pouvoir
m'arracher à la vie terrienne, l'évasion et la passion me causèrent une envie prenante de voler…
J'eu quelques soucis. Une fois, lors des essais moteurs, je tirais sur une manette pour réduire les tours moteurs au ralenti. L'effet ne fut pas celui escompté. Le moteur s' arrêta
brusquement, l' hélice aussi, mais en contre partie, l' instructeur se mit a m' engueuler vertement… j' avais confondu deux manettes: les gaz et la mixture, et j' avais coupé l' arrivée d'
essence. L'instructeur et l'avion me pardonnèrent cette erreur. L'autre souci rencontré fut lors d'une approche, je n'arrivais point a sortir mon deuxième cran de volet, je fus contraint
d'atterrir avec un seul cran de volet, donc un poil plus vite.
Ce jours là, un 30 juillet, le temps était magnifique, certes ça turbulait un peu, mais rien de bien méchant. Mon instructeur me fit faire quelques tours de pistes, puis me dit que ça suffisait et que l'on rentrait au parking.
Je posais l'avion, fit demi tour, remonta la piste, pris le taxiway.
L'instructeur me dit alors: " au point d'arrêt, tu fais demi tour et tu attends". Pourquoi pas, si Monsieur l' instructeur dit cela, c'est qu'il y a une raison.
Au point d'arrêt, je fis un demi-tour.
L'instructeur se détache et me dit alors de faire un tour de piste, et que si je le sentais que je parte après pour d'autres tour de piste.
Là mon cœur fit un énorme bond.
Un bond inqualifiable, et je balbutiais " ça y' est, c'est le grand jour" ce a quoi l'instructeur me répondit du tac au tac " pour le grand jour, on verra plus tard, pour le moment
tu vas faire un tour de piste".
La verrière se referma, et je la verrouillais.
L'instructeur s'en alla derrière. Je m'annonçais sur la fréquence que je remontais la piste 36.
Après avoir remonté la piste je fis les essais moteur. Puis je regardais partout, histoire d'être bien sûr que personne n'était en
finale. Je préparais alors l'avion.
Je regardais de nouveau, puis j'annonçai sur la fréquence que je m'alignais et que je décollais en piste 36.
A ce moment, je n'en menais point large, j'étais stressé, peur de faire une boulette, peur de ne pas être a la hauteur, peur de perdre tous mes moyens.
Puissance… badin actif, ça pousse, ça pousse fort, ça y' est j'ai décollé!!!
La montée initiale et le vent traversier se passèrent sans problèmes. En vent arrière, mon avion correctement configuré, je chantais dans l'avion, j'étais heureux, mais le plus dur
restait à faire, poser l'avion.
J'essayais de me rappeler de ce que me disais l'instructeur: 700 pieds au début de la finale, pile a dessus de l'usine, prendre le plan, sortir les volets au fur et a
mesure…
Le RF6 suivait docilement mes pensées, il me pardonnait des erreurs. Cet avion a t'il une
âme?, il semble comprendre les élèves pilotes.
Je prépare la machine doucement, m'annonce en étape de base, je vois un avion devant, un DR 400.
Je passe le dernier virage, un poil en dessous des 700 pieds. Je sors le second cran des volets, l'avion semble s'arrêter sur place, comme s'il me disait " vas y mollo, je tiens à
finir en bon état, tu n'es pas le premier élève avec qui je fais le solo, tu n'es pas le dernier non plus, prends tout ton temps, respire et sois prudent". Je m'annonce en finale. Le DR 400 est
en courte.
J'observe mon plan il me semble bon, l'avion ne dit rien…
Je descends doucement, sûrement, stresser, inquiet, car je sais que là bas, près de la tour de contrôle de nombreux yeux sont braqués sur moi, dont mes parents, dont mon
instructeur, dont des pilotes…
Je passe bas au dessus de la petite route qui est perpendiculaire a l' axe de piste, j' arrondis doucement, j' oublis que l' instructeur n' est pas là, j' arrondis trop, l' avion
remonte un peu, je contre gentiment, ne brusquons pas, cela peut s' avérer risqué.
Je pose le Delta sierra en douceur et je dégage la piste.
J'arrive au parking, sous les yeux émus de mes parents et de mon instructeur, je coupe le moteur. Je finis toutes mes vérifications puis j'ouvre la verrière, je sors en tremblant,
heureux qu'a 17 ans, une personne m'est confié la responsabilité du fait de voler tout seul. Christian G a eu confiance en moi, il m'a permis de faire
MON PREMIER SOLO!!!!!
Je ne m'y attendais point, mais une soudaine averse par ce beau ciel bleu m'arriva dessus, tradition oblige!!!
Après avoir rempli les papiers, après avoir reçu mon carnet de vol, tamponné, après avoir noté 15 min dans la colonne "commandant de
bord" et que Christian eu noté "autorisé solo", je fis sauter les bouchons de champagne!!!
A 17 ans, le 30 juillet 2000, j'étais lâché sur Fournier RF6 B100 !!!