Poitiers... un jour comme un autre...
Le jour se lève, ici, à Poitiers, un jour comme un autre me diriez vous, un jour qui a un précédent et un successeur, un jour banal, sans doute avez-vous raison.
Le jour se lève comme partout ailleurs, il fait gris, on est en hiver, il fait froid, normal pour la saison, une légère pluie émet des bruits courts lorsqu’ ‘ elle vient s’ échouer sur une vitre, le bitume ou l’ un des rares passants. Un brouillard persiste depuis la veille, les halos des lampadaires éclairent de leur lumière artificielle les rues de la citée Pictave. Là bas, vers Biard, point de bruit, tout dort doucement.
La journée commence par le brouhaha des camions de livraisons, les râles des moteurs et les quelques klaxons pour signaler une arrivée. Une lumière s’ allume ici, puis une autre… la vie commence pour une nouvelle journée. A Biard, rien, silence…
Je connaissais, voici quelques années le bruit des turbopropulseurs de l’ Embraer 120 Brasilia de Régional reliant Poitiers à Clermont Ferrand, un hurlement de quelques minutes vers 6h30, un hurlement unique, clair, assez aigu, qui éveillait quelques oreilles Pictaves. Mais aujourd’hui, rien.
Vers 10h, le couinement des auvents mal graissés se fait ouïr. Les rues s’ animent. Par ci, par là, les passants commencent à regarder les vitrines, cherchant quel sera l’ objet dont ils ont besoin, ou quel besoin trouveront ils à l’ objet. Vers 10h, d’ habitude, quelques rugissements sporadiques couvrent le bruit de la vie citadine, quelques rugissements qui n’ effraient point, quelques rugissements que seuls certains écoutent, quelques rugissements d’ alpha jet de la base école de Tours ; quelques musiques pétaradantes de lycoming ou autres s’ entendent aussi, parfois la provenance passent au dessus de nos têtes, et ceux qui regardent nos oiseaux d’ aéroclub sont bien peu nombreux… mais aujourd’hui, silence total.
12h, une pause s’ invite parmi les commerçants et la population Pictave, pourtant les passants continueront d’ affluer dans cette cité qui en a vu passer : Charles Martel, Aliénor d’ Aquitaine, Jeanne d’ Arc, Ségolène Royal, J.P. Raffarin… pardon, je m’égare. Midi, une pause bien méritée, parfois ponctuée de temps à autres par quelques bruits aériens, peu de passants y prêtent attention, sans doute préfèrent ils le sandwich avalé en quatrième vitesse en courant à travers les gouttes. Aujourd’ hui, pas de bruits aériens. Sur l’ aéroport, un ou deux Transall, un Hercules et parfois un Breguet Atlantic 2 stationnent, leurs équipages à table. On peut voir aussi de temps en temps des Gazelles de l’ ALAT… ce ne sera pas le cas aujourd’hui.
L’ après midi suivra son cours, les commerçants feront ou non leur chiffre d’ affaires de la journée, les passants videront plus ou moins leurs portefeuilles et s’ encombreront de paquets et sacs. Les vendeurs de chichis raviront petits et grands, la patinoire, installée sur la place d’Armes, accueillera son lot de jeunes têtes blondes, les chalets de Noël seront visités et se videront un peu… les voitures s’ agglutineront, à l’ entrée des divers parkings. La conduite Pictave un art… Pictave, ça dort, ça ne sait ou aller, même quand on ne peut aller qu’ en face, personnellement, je ne m’ y suis jamais fait. Vers 17h les rues commenceront à se vider, puis vers 19h, les manèges entonneront une dernière fois les « Jingle Bells », la nuit sera retombée sur Poitiers.
A 18h, c’ est la forte activité à Biard. Un 737 800 de Ryan air, plein de plus ou moins touristes anglo-saxons vient poser ses courtes pattes sur notre terrain, un ATR42 d’ airlinair passe aussi par là… ce ne sera pas le cas aujourd’ hui…
20h : les commerces sont fermés, les derniers rideaux métalliques s’ abaissent dans leur bruit habituel. Les passants rejoignent au plus vite leurs habitations respectives. Les heures de vols de nuits commencent en général, ce ne sera point le cas ce soir.
21h : pourtant on est samedi, mais les bars ferment les uns après les autres, les soirées entres amis battent leur plein, certains iront en boîtes, d’ autres iront se coucher…
Une journée vient de s’ écouler à Poitiers, et l’ aéroport « Poitiers Biard » est resté mort, comme depuis quelques jours, pas un avion, pas un hélicoptère, tout simplement rien. Ça me rend nostalgique de voir cet aéroport aussi vide, alors que je l’ ai connu vivant, siège d’ une grande fraternité entres passionnés ou non. J’ étais présent lors des portes ouvertes, il y a quelques années, nous avions installé un Pégase dans le hall de l’ aérogare ( essayez de monter un planeur alors que l’ aérogare est plein à craquer, pas évident de manœuvrer un fuselage ou une aile..). J’ ai vécu de bons moments ici, des moins bons aussi, mais chacun m’ a tant apporté.
Une journée comme une autre, vous aviez raison…