Rien ne sert de courir, il faut arriver à point.
Tous les autres sont immobilisés? , non, de temps à autre, un vacarme agréable passe.
Et la radio continue, entre 2 morceaux de musique, à annoncer que l'on mettra un peu plus de temps pour arriver au boulot.
J'ai fait 5m en 5 minutes, bonne moyenne, je n'ai pas encore franchi la première sortie du rond point, et il faut que je prenne la 3ème. La Clio est partie, de même que le conducteur à ma gauche. Impatient, il est monté sur le trottoir du rond point, au risque de créer un accident, puis il a disparu, là bas, derrière les voitures.
Maintenant, je me sens tout petit; derrière moi, un camion, à ma gauche, un camion, à ma droite, … un camion. Et devant, vous l'aurez deviné, …un camion. Seul au milieu de 4 mastodontes de la route.
Pourtant ces 4 mastodontes ne sont rien face aux monstres au vacarme agréable.
8h20, je sors du rond point, en me faufilant pour sortir de ce piège d'éléphants de la route… mais je suis encore immobilisé. Le ciel, lui, ne l'est pas, au contraire. Il se sépare des nuages de la nuit, il embellit le ciel d'une clarté jaunâtre, enfin, il n'embellit point, il éclaire.
Le vacarme continue de passer, de droite à gauche toujours; il couvre la radio et le morceau "Pomme C" de Calogero…
Au loin, 7 feux brillent dans le ciel, un est plus bas que les autres, 7 feux annonçant des fins d'aventures, de vacances, de retours à la vie parisienne…
Je ne peux m'empêcher de regarder là haut, un silhouette sombre passe, telle un ange. Une silhouette sombre qui emmène son lot de passagers vers de nouvelles aventures… ou vers le travail.
A ma droite, une longue bande scintillante de mille feux balise l'envol des anges, du rouge, du jaune, du bleu, un tapis d'honneur très aéronautique. Et les anges prennent leur envol avec une grâce toute aérienne, ils sont beaux; sans doute, en leur fort intérieur, rugissent ils de plaisir, de joie, de passion. Sans doute aimeraient-ils pouvoir transmettre, à leurs invités d'un vol, toute la force qui les amène à parcourir les cieux.
Les feux, là bas, tels la caravane des Rois Mages descendent doucement pour rejoindre la Terre, et remettent leurs passagers aux mains des agents d'escale, comme s'il s'agissait d'un cadeau offert à des enfants.
On avance doucement, à peine 10 km/h. les conducteurs sont pour la plupart exaspérés, mais à quoi bon s'énerver, le cortège de phares s'étend. Ils sont en retard, certains finissent leur petit déjeuner, certaines se maquillent, d'autres lisent le journal, et nombreux sont ceux qui pestent en s'acharnant sur le klaxon.
Serais-je le seul à ne point avoir klaxonné depuis que je suis parti de chez moi? Serais-je le seul à ne pas avoir pesté contre les bouchons? Serais-je à regarder là haut plutôt que la voiture de devant, immobile? Il est fort à croire que peu regardent les anges passer ce matin, peut être espère t'il que l'ange, qui passera quand ils seront devant leur patron, passera très lentement, et, leur sera très bénéfique.
J'admire, tout simplement, j'admire.
Rien ne sert de courir, il faut arriver à point.